Mind the Coming out
Nous sommes désolés de vous avoir fait attendre, mais nos impératifs de « la vraie vie » étaient prioritaires.
Brice : Y’a pas très longtemps, mes parents ont décidé de venir me voir à Paris, ce qu’ils n’ont jamais fait en quatre ans, et donc ils m’envoient un mail « on débarque à telle date« . Et là, ça a été la panique, j’y ai vu un énorme danger, j’ai tout de suite répondu un « non non non pas possible, on verra plus tard« , et ça les a un peu vexé quand même. Sur le coup je savais pas trop pourquoi j’étais en panique, mais après j’ai réalisé qu’en fait, mon chez-moi n’étant pas aseptisé, j’avais peur que mon père tombe sur des trucs qui lui apprendraient que je suis homo :/
Vinnie : Dois-je comprendre que tu es toujours dans le placard ? Pour ma part, j’ai laissé tomber le masque il y a 3 ans de cela. Une longue attente dans la mesure où cela faisait plusieurs années que j’aurai bien craché le morceau mais bon comme pour toutes choses, il y a un temps pour et le reste du temps pour se bouffer les doigts ! Dis nous en plus Brice ! Avais-tu peur que ton père tombe sur ta collection de Falcon ?
B : Non pas vraiment dans le placard, mais disons que j’y ai encore un pied. Je sais pas à quel âge t’as « su », et à quel âge tu en as parlé, mais pour moi ça n’a pas été un processus simple et rapide, comme certains le vivent. En fait c’est en 3ème (vers mes 15 ans donc) que j’ai capté que me branler en pensant à des mecs, c’était pas commun. Au départ, je me disais « je suis bi« , comme ça, je me laissais la possibilité d’un retour à la normal. Un soir, après avoir lu beaucoup de choses sur l’homosexualité, j’ai dû me résoudre à m’accepter, à faire mon propre coming-out, de moi à moi. J’ai passé la nuit à pleurer, recroquevillé sur mon lit, et le matin j’avais choisi d’affronter l’évidence et tout ce que ça entraînerait (à l’époque) : devoir le dire à mes parents, être pour toujours « différent » et « hors norme », ne pas fonder une famille, ne jamais avoir une maison sur la côte, un labrador beige et un Scenic. Et je trouve franchement que c’était ça, le plus dur (surtout le Scenic !). S’accepter soi tel qu’on est, ne pas se mentir, affronter la vie avec ce qu’on nous a donné, et tenter de garder la tête haute. A 15 ans, ça fait mal, et ça laisse des traces…
V: Pour une fois nous avons vraiment un chemin différent… J’ai toujours implicitement su et je n’ai pas eu de processus réel d’acceptation. Dès mes 6-7 ans j’ai en plus découvert que ça n’etait pas nouveau dans la famille et que mon oncle aimait aussi « les escargots« . Analysant son parcours de vie j’ai compris qu’il ne me restait qu’une chose à faire : rester silencieux jusqu’à mes 18 ans, trouver un boulot et quitter la maison qui allait « forcément » me rejetter. J’ai donc évolué pendant tout mon collège et mon lycée avec l’idée que ça allait être dur mais que garder le secret était primordial. J’avais suffisamment d’exemples de ce qui allait m’arriver si je lâchais le morceau : rejet, bizutage, honte. Et puis surtout je ne voulais pas être malheureux. En y regardant de près et avec du recul, je l’étais, malheureux. J’ai détesté mes années collège et lycée. Le pire c’est que chaque fois que je passais d’une année à une autre j’imaginais que le Monde allait changer et que j’allais enfin être moi même. J’ai vécu dans cette attente à chaque rentrée, jusqu’à la fac. Parce qu’avant, je n’ai fait que porter un masque…
B : « Aimer les escargots » ? C’est comme ca qu’on disait dans tes contrées lointaines ? ;) Ce serait presque mignon… Donc comme moi, la période collège/lycée n’a pas été funky parce que tu assumais pas ? T’en as parlé avec qui la première fois ? Ca s’est fait comment l’annonce aux copains ?
V : Ca fait vraiment beaucoup de questions ! Disons mes années collège et lycée n’ont pas été évidentes car dans l’attente à chaque fois d’un courage qui évidemment ne venait pas, l’espérance d’une indépendance suffisante que je n’ai pu m’assurer qu’en partant à la fac. Et surtout la peur d’être la risée du reste du lycée et d’être la nouvelle cible d’insultes et de méchanceté. Ayant à l’époque une grande insecurité quant à mon apparence aussi, cela n’aidait pas. Durant l’année de terminale j’ai toutefois fait la connaissance d’une demoiselle qui m’a avoué sa passion pour les manga yaoi, mettant en scène des amours homosexuelles. J’ai alors bondi sur l’occasion, faisant alors ma révélation à celle qui deviendra ma tortionnaire mentale pour de longues années à venir. J’ai alors 18 ans, mon calvaire commence tout juste. Des Têtu qu’elle me force à aller acheter pour m’assumer, dans ce qui se révèle être le bureau de tabac de la femme d’un collègue de mon père (quand je vous dis que le destin est pourri parfois !!) aux nombreuses allusions dans notre cercle d’amis, à multiplier les interrogations, j’aurai surement dû réfléchir avant de me confier. Mais c’est dans la merde qu’on grandit le mieux ! Avant que je poursuive, lances toi donc un peu !
B : De la torture mentale ? Hum, on te proposerait presque nos bras pour te consoler, d’ailleurs je ne doute pas que quelqu’un se propose… C’est vrai que quand on est en phase d’assumation, tout n’est que doute : est-ce que ça se voit, est-ce qu’on s’en doute ? La peur des moqueries, les moqueries, le rejet et la solitude n’aidant évidemment pas… ! Moi aussi c’est à une fille que j’en ai parlé la première fois. Elle s’appelle Lisa, on était ensemble en 3e (on a même fini nos études d’infirmier ensemble !) et j’ai commencé par lui dire que j’étais bi, puis le temps aidant, que j’étais homo. C’était le meilleur support que j’ai pu avoir, et juste pour ça, elle gardera toujours une place à part dans mon ptit coeur de pédé. Après, le truc bien avec le coming-out, c’est qu’à chaque nouvelle personne à qui j’en parlais, j’avais l’impression qu’elle m’aidait à porter un poids, et je me sentais plus léger…
V : Tu te proposes mon Brice ? Bon reprenons avec ma petite honte de l’époque. J’arrive en fin de terminale. Bonheur, je passe mon bac et signe donc le contrat de liberté tant attendu : je pars à la fac et m’exile aussi loin que possible de ma tortionnaire. J’en rajoute car à l’époque je suis bien heureux de pouvoir déverser mon mal-être mais je ne sais pas qu’elle s’en nourrit et l’utilisera contre moi plus tard. Traîtresse ! Ma premiere année de fac se solde par un parfait zéro pointé en matière de relations intimes. Mon plus grand accomplissement de l’époque est l’achat de la bande originale de Queer as Folks, saison 2, à la FNAC. J’ai alors des sueurs de dingue en caisse et m’attend à voir un fourgon de CRS débarquer à l’entrée pour moi. Rien que par fierté je mets en Dolby Surround la dite BO me demandant si elle va rameuter tous les homos de la résidence universitaire dans laquelle je vis. Rien du tout bien évidemment.
L’année scolaire suivante, c’est là que tout se lance. Mon bourreau préféré me rejoint à la fac et s’installe à coté de chez moi, puis me pousse à sortir dans le milieu homo local. En même temps je fais la connaissance d’un trentenaire homo qui, en arrivant un jour chez moi à une révélation et comprend tout à mon propos juste en voyant la propreté et les quelques lectures que j’ai. Dans un triangle (quadrilataire avec ma bourreau ?) impossible, je rencontre mon premier atome crochu masculin. C’est le coup de foudre (petite étincelle avec du recul, mais qu’en sais-je à l’époque ?). Feignant officiellement une mauvaise cuite pendant 3 jours, je suis physiquement indisposé par mes envies et mes besoins et ce que ma morale me retient d’avouer. Aux yeux des autres, je suis un poltron de l’alcool, en mon for intérieur, j’ai franchi un cap. J’assume physiquement d’embrasser et de coucher avec homme. C’est mon premier coming out en trois partie. Un coming out auprès de moi même.
B : Wow, on peut dire que l’histoire de notre coming out n’est pas simple ! Oui mon Vincent je t’offrirais mes bras si c’était nécessaire, mais je sais que tu as beaucoup mieux (et beaucoup plus !) à la maison, donc j’en resterai là, afin de maintenir une certaine paix diplomatique entre nos trois pays ! C’est rigolo, l’expérience des Têtu, des premières virées « dans le milieu » et des premiers garçons. On ne m’a jamais poussé à rien, et j’en suis ravi. J’avais découvert beaucoup via internet, je discutais avec des auteurs de Textesgais.com, où je faisais mon éducation de future midinette en lisant des textes dégoulinant d’amour. Mais pour les passages à l’acte, je me suis poussé ! Déjà, j’ai fait ma première rencontre via internet. C’était un garçon d’un lycée de ma ville, qui s’appelle Pierre. On s’est vu, j’étais affreux, j’avais un pull gris à col roulé, un appareil dentaire, une coupe effrayante, et je crois que j’étais encore pire qu’aujourd’hui en terme d’état général. Et en fait, ce Pierre, ça a été mon guide dans la vie pédé. C’était mon premier ami gay, c’est lui qui m’a emmené dans les premiers endroits gays, m’a fait rencontrer les premiers homos. Plus tard, quand il était étudiant à la fac et qu’il avait un copain, j’allais chez lui le week-end pour sortir un peu, m’aérer de chez mes parents, vivre autre chose. C’est d’autant plus rigolo qu’aujourd’hui, il vit sur Paris et qu’on se revoit de nouveau. Les gens ne savent pas parfois à quel point ils peuvent marquer le cours d’une vie. Pendant mes études d’infirmier, j’ai découvert la torpeur des corps qui se confondent, la tendresse, les désillusions, mon incapacité à m’attacher, tout ça. Maintenant je suis une roulure, tout le monde sait que je suis homo, et j’ai appris à vivre avec, et à ne plus redouter la réaction des gens, même si je suis un garçon discret en société (dans le métro, ou dans les rues), plus par choix et par éducation que par peur du jugement. Et j’ai fait mon coming out à ma maman y’a deux ans environ.
V : A suivi le coming out auprès de tout mes amis, genre en plein milieu d’une fête d’anniversaire, j’ai lâché le morceau et j’ai volé la vedette (quel saloupiot hein!) et c’est un évennement qui s’est plutôt bien déroulé. Enfin, il restait mes parents. Le coming out auprès des parents est une dure étape pour beaucoup. C’est à mon avis un passage à l’acte qui nous transforme, bouleverse notre futur aussi. Entre ceux qui n’arrivent jamais à révéler leur grand secret et vivent dans l’ombre voir le rejet de ce qu’ils sont, ceux qui le disent et sont rejetés, ceux qui l’avouent et sont acceptés. Pour la part, troisième catégorie. Il y a trois ans maintenant, durant l’été. J’avais déjà pas mal lancé d’indices depuis plusieurs années, suite à mon coming out auprès de mes amis il y a 5 ans. En deux ans j’ai appris à le gérer en société, enorgueuillir ma confiance en moi grâce au soutien d’amis précieux, restés fidèles. Finalement le dire à mes parents a presque été plus facile que je ne le pensais…Sûrement parce que j’avais par sécurité préparé un apart et des économies au cas où …
Dire qu’on s’en fait une montagne pendant des années, que depuis mon adolescence j’ai vécu dans l’insécurité de perdre l’amour de mes parents. Ma mère m’a fait tellement de preuves de son amour, allant jusqu’à me proposer de s’inscrire dans un cercle de soutient pour nouveaux parents d’homos.. Elle et mon père sont fous de ma moitié. Je souhaite ce bonheur à tous ceux qui nous lisent et qui vivent encore dans le secret. Patience pour certains, courage pour d’autres.. Avec amour pour tous !
B : C’est vrai que le cap des parents est un passage difficile, pour ne pas dire essentiel, dans le coming out. D’ailleurs, rien qu’à parler de coming out, on imagine que c’est auprès des parents, puisqu’on se dit que cacher qui l’on est à ses amis semble moins concevable (on choisit ses amis, pas ses parents). J’étais persuadé que mes parents savaient que j’étais homo, dans la mesure ou je ne suis pas un modèle de virilité, que j’ai des amis homos officiels et que j’ai déjà dormi « avec des copains » chaque week-end pendant plusieurs mois… Y’a deux ans, environ (je crois…) j’ai décidé de le dire à ma mère qui me tendait d’immenses perches en permanence. J’avais mon boulot, je vivais à Paris depuis déjà deux ans, je prenais un risque modéré. C’est pendant une balade en vélo que je lui ai dit « je suis homo ». Elle est restée très sobre, très « femme d’officier« , m’a juste demandé si j’avais un copain, et si j’étais heureux. Et puis elle m’a dit qu’elle savait depuis que j’étais en première (j’avais témoigné dans un reportage sur l’homosexualité pour le magazine Phosphore), et que selon elle, mon père ne se doutait de rien. Je n’y crois pas du tout, et je pense qu’elle se trompe. Je pense que mon père voit les choses comme elles se présentent, mais adopte le déni des bourgeois : tant qu’on n’en parle pas, ça n’existe pas. Mais pour le moment, je ne lui en parle pas. J’adopte la position du « don’t ask, don’t tell« . S’il me demande, je ne mentirai pas. Et surtout, le jour ou je ressentirai le moindre besoin de lui dire, ou que je ne peux pas mentir (genre si j’ai un mari…), je dirai les choses. En attendant, je ne vis pas malheureux, et je ne vis pas au placard. On ne peut pas souhaiter beaucoup plus à nos lecteurs…
N’hésitez pas à partager votre expérience en matière de coming out, votre vécu qu’il soit dans la joie ou la douleur, poser des questions aussi, car certains de nos lecteurs y trouveront peut-être des réponses nécessaires ! Souvenez-vous, on est tous passé par là, ou on y passera tous un jour !







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