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Mind the Coming out



Nous sommes désolés de vous avoir fait attendre, mais nos impératifs de « la vraie vie » étaient prioritaires.

Brice : Y’a pas très longtemps, mes parents ont décidé de venir me voir à Paris, ce qu’ils n’ont jamais fait en quatre ans, et donc ils m’envoient un mail « on débarque à telle date« . Et là, ça a été la panique, j’y ai vu un énorme danger, j’ai tout de suite répondu un « non non non pas possible, on verra plus tard« , et ça les a un peu vexé quand même. Sur le coup je savais pas trop pourquoi j’étais en panique, mais après j’ai réalisé qu’en fait, mon chez-moi n’étant pas aseptisé, j’avais peur que mon père tombe sur des trucs qui lui apprendraient que je suis homo :/

Flat Edingurgh @ Ben Bouzon Photography

Vinnie : Dois-je comprendre que tu es toujours dans le placard ? Pour ma part, j’ai laissé tomber le masque il y a 3 ans de cela. Une longue attente dans la mesure où cela faisait plusieurs années que j’aurai bien craché le morceau mais bon comme pour toutes choses, il y a un temps pour et le reste du temps pour se bouffer les doigts ! Dis nous en plus Brice ! Avais-tu peur que ton père tombe sur ta collection de Falcon ?

B : Non pas vraiment dans le placard, mais disons que j’y ai encore un pied. Je sais pas à quel âge t’as « su », et à quel âge tu en as parlé, mais pour moi ça n’a pas été un processus simple et rapide, comme certains le vivent. En fait c’est en 3ème (vers mes 15 ans donc) que j’ai capté que me branler en pensant à des mecs, c’était pas commun. Au départ, je me disais « je suis bi« , comme ça, je me laissais la possibilité d’un retour à la normal. Un soir, après avoir lu beaucoup de choses sur l’homosexualité, j’ai dû me résoudre à m’accepter, à faire mon propre coming-out, de moi à moi. J’ai passé la nuit à pleurer, recroquevillé sur mon lit, et le matin j’avais choisi d’affronter l’évidence et tout ce que ça entraînerait (à l’époque) : devoir le dire à mes parents, être pour toujours « différent » et « hors norme », ne pas fonder une famille, ne jamais avoir une maison sur la côte, un labrador beige et un Scenic. Et je trouve franchement que c’était ça, le plus dur (surtout le Scenic !). S’accepter soi tel qu’on est, ne pas se mentir, affronter la vie avec ce qu’on nous a donné, et tenter de garder la tête haute. A 15 ans, ça fait mal, et ça laisse des traces…

A new way of living @ ortalpeleg

V: Pour une fois nous avons vraiment un chemin différent… J’ai toujours implicitement su et je n’ai pas eu de processus réel d’acceptation. Dès mes 6-7 ans j’ai en plus découvert que ça n’etait pas nouveau dans la famille et que mon oncle aimait aussi « les escargots« . Analysant son parcours de vie j’ai compris qu’il ne me restait qu’une chose à faire : rester silencieux jusqu’à mes 18 ans, trouver un boulot et quitter la maison qui allait « forcément » me rejetter. J’ai donc évolué pendant tout mon collège et mon lycée avec l’idée que ça allait être dur mais que garder le secret était primordial. J’avais suffisamment d’exemples de ce qui allait m’arriver si je lâchais le morceau : rejet, bizutage, honte. Et puis surtout je ne voulais pas être malheureux. En y regardant de près et avec du recul, je l’étais, malheureux. J’ai détesté mes années collège et lycée. Le pire c’est que chaque fois que je passais d’une année à une autre j’imaginais que le Monde allait changer et que j’allais enfin être moi même. J’ai vécu dans cette attente à chaque rentrée, jusqu’à la fac. Parce qu’avant, je n’ai fait que porter un masque…

B : « Aimer les escargots » ? C’est comme ca qu’on disait dans tes contrées lointaines ? ;) Ce serait presque mignon… Donc comme moi, la période collège/lycée n’a pas été funky parce que tu assumais pas ? T’en as parlé avec qui la première fois ? Ca s’est fait comment l’annonce aux copains ?

V : Ca fait vraiment beaucoup de questions ! Disons mes années collège et lycée n’ont pas été évidentes car dans l’attente à chaque fois d’un courage qui évidemment ne venait pas, l’espérance d’une indépendance suffisante que je n’ai pu m’assurer qu’en partant à la fac. Et surtout la peur d’être la risée du reste du lycée et d’être la nouvelle cible d’insultes et de méchanceté. Ayant à l’époque une grande insecurité quant à mon apparence aussi, cela n’aidait pas. Durant l’année de terminale j’ai toutefois fait la connaissance d’une demoiselle qui m’a avoué sa passion pour les manga yaoi, mettant en scène des amours homosexuelles. J’ai alors bondi sur l’occasion, faisant alors ma révélation à celle qui deviendra ma tortionnaire mentale pour de longues années à venir. J’ai alors 18 ans, mon calvaire commence tout juste. Des Têtu qu’elle me force à aller acheter pour m’assumer, dans ce qui se révèle être le bureau de tabac de la femme d’un collègue de mon père (quand je vous dis que le destin est pourri parfois !!) aux nombreuses allusions dans notre cercle d’amis, à multiplier les interrogations, j’aurai surement dû réfléchir avant de me confier. Mais c’est dans la merde qu’on grandit le mieux ! Avant que je poursuive, lances toi donc un peu !

All ego's aside, what do you say ? @

B : De la torture mentale ? Hum, on te proposerait presque nos bras pour te consoler, d’ailleurs je ne doute pas que quelqu’un se propose… C’est vrai que quand on est en phase d’assumation, tout n’est que doute : est-ce que ça se voit, est-ce qu’on s’en doute ? La peur des moqueries, les moqueries, le rejet et la solitude n’aidant évidemment pas… ! Moi aussi c’est à une fille que j’en ai parlé la première fois. Elle s’appelle Lisa, on était ensemble en 3e (on a même fini nos études d’infirmier ensemble !) et j’ai commencé par lui dire que j’étais bi, puis le temps aidant, que j’étais homo. C’était le meilleur support que j’ai pu avoir, et juste pour ça, elle gardera toujours une place à part dans mon ptit coeur de pédé. Après, le truc bien avec le coming-out, c’est qu’à chaque nouvelle personne à qui j’en parlais, j’avais l’impression qu’elle m’aidait à porter un poids, et je me sentais plus léger…

V : Tu te proposes mon Brice ? Bon reprenons avec ma petite honte de l’époque. J’arrive en fin de terminale. Bonheur, je passe mon bac et signe donc le contrat de liberté tant attendu : je pars à la fac et m’exile aussi loin que possible de ma tortionnaire. J’en rajoute car à l’époque je suis bien heureux de pouvoir déverser mon mal-être mais je ne sais pas qu’elle s’en nourrit et l’utilisera contre moi plus tard. Traîtresse ! Ma premiere année de fac se solde par un parfait zéro pointé en matière de relations intimes. Mon plus grand accomplissement de l’époque est l’achat de la bande originale de Queer as Folks, saison 2, à la FNAC. J’ai alors des sueurs de dingue en caisse et m’attend à voir un fourgon de CRS débarquer à l’entrée pour moi. Rien que par fierté je mets en Dolby Surround la dite BO me demandant si elle va rameuter tous les homos de la résidence universitaire dans laquelle je vis. Rien du tout bien évidemment.
L’année scolaire suivante, c’est là que tout se lance. Mon bourreau préféré me rejoint à la fac et s’installe à coté de chez moi, puis me pousse à sortir dans le milieu homo local. En même temps je fais la connaissance d’un trentenaire homo qui, en arrivant un jour chez moi à une révélation et comprend tout à mon propos juste en voyant la propreté et les quelques lectures que j’ai. Dans un triangle (quadrilataire avec ma bourreau ?) impossible, je rencontre mon premier atome crochu masculin. C’est le coup de foudre (petite étincelle avec du recul, mais qu’en sais-je à l’époque ?). Feignant officiellement une mauvaise cuite pendant 3 jours, je suis physiquement indisposé par mes envies et mes besoins et ce que ma morale me retient d’avouer. Aux yeux des autres, je suis un poltron de l’alcool, en mon for intérieur, j’ai franchi un cap. J’assume physiquement d’embrasser et de coucher avec homme. C’est mon premier coming out en trois partie. Un coming out auprès de moi même.

Con las manos en la masa @ blopalanpor

B : Wow, on peut dire que l’histoire de notre coming out n’est pas simple ! Oui mon Vincent je t’offrirais mes bras si c’était nécessaire, mais je sais que tu as beaucoup mieux (et beaucoup plus !) à la maison, donc j’en resterai là, afin de maintenir une certaine paix diplomatique entre nos trois pays ! C’est rigolo, l’expérience des Têtu, des premières virées « dans le milieu » et des premiers garçons. On ne m’a jamais poussé à rien, et j’en suis ravi. J’avais découvert beaucoup via internet, je discutais avec des auteurs de Textesgais.com, où je faisais mon éducation de future midinette en lisant des textes dégoulinant d’amour. Mais pour les passages à l’acte, je me suis poussé ! Déjà, j’ai fait ma première rencontre via internet. C’était un garçon d’un lycée de ma ville, qui s’appelle Pierre. On s’est vu, j’étais affreux, j’avais un pull gris à col roulé, un appareil dentaire, une coupe effrayante, et je crois que j’étais encore pire qu’aujourd’hui en terme d’état général. Et en fait, ce Pierre, ça a été mon guide dans la vie pédé. C’était mon premier ami gay, c’est lui qui m’a emmené dans les premiers endroits gays, m’a fait rencontrer les premiers homos. Plus tard, quand il était étudiant à la fac et qu’il avait un copain, j’allais chez lui le week-end pour sortir un peu, m’aérer de chez mes parents, vivre autre chose. C’est d’autant plus rigolo qu’aujourd’hui, il vit sur Paris et qu’on se revoit de nouveau. Les gens ne savent pas parfois à quel point ils peuvent marquer le cours d’une vie. Pendant mes études d’infirmier, j’ai découvert la torpeur des corps qui se confondent, la tendresse, les désillusions, mon incapacité à m’attacher, tout ça. Maintenant je suis une roulure, tout le monde sait que je suis homo, et j’ai appris à vivre avec, et à ne plus redouter la réaction des gens, même si je suis un garçon discret en société (dans le métro, ou dans les rues), plus par choix et par éducation que par peur du jugement. Et j’ai fait mon coming out à ma maman y’a deux ans environ.

V : A suivi le coming out auprès de tout mes amis, genre en plein milieu d’une fête d’anniversaire, j’ai lâché le morceau et j’ai volé la vedette (quel saloupiot hein!) et c’est un évennement qui s’est plutôt bien déroulé. Enfin, il restait mes parents. Le coming out auprès des parents est une dure étape pour beaucoup. C’est à mon avis un passage à l’acte qui nous transforme, bouleverse notre futur aussi. Entre ceux qui n’arrivent jamais à révéler leur grand secret et vivent dans l’ombre voir le rejet de ce qu’ils sont, ceux qui le disent et sont rejetés, ceux qui l’avouent et sont acceptés. Pour la part, troisième catégorie. Il y a trois ans maintenant, durant l’été. J’avais déjà pas mal lancé d’indices depuis plusieurs années, suite à mon coming out auprès de mes amis il y a 5 ans. En deux ans j’ai appris à le gérer en société, enorgueuillir ma confiance en moi grâce au soutien d’amis précieux, restés fidèles. Finalement le dire à mes parents a presque été plus facile que je ne le pensais…Sûrement parce que j’avais par sécurité préparé un apart et des économies au cas où …
Dire qu’on s’en fait une montagne pendant des années, que depuis mon adolescence j’ai vécu dans l’insécurité de perdre l’amour de mes parents. Ma mère m’a fait tellement de preuves de son amour, allant jusqu’à me proposer de s’inscrire dans un cercle de soutient pour nouveaux parents d’homos.. Elle et mon père sont fous de ma moitié. Je souhaite ce bonheur à tous ceux qui nous lisent et qui vivent encore dans le secret. Patience pour certains, courage pour d’autres.. Avec amour pour tous !

The paralellism @ giggidalè

B : C’est vrai que le cap des parents est un passage difficile, pour ne pas dire essentiel, dans le coming out. D’ailleurs, rien qu’à parler de coming out, on imagine que c’est auprès des parents, puisqu’on se dit que cacher qui l’on est à ses amis semble moins concevable (on choisit ses amis, pas ses parents). J’étais persuadé que mes parents savaient que j’étais homo, dans la mesure ou je ne suis pas un modèle de virilité, que j’ai des amis homos officiels et que j’ai déjà dormi « avec des copains » chaque week-end pendant plusieurs mois… Y’a deux ans, environ (je crois…) j’ai décidé de le dire à ma mère qui me tendait d’immenses perches en permanence. J’avais mon boulot, je vivais à Paris depuis déjà deux ans, je prenais un risque modéré. C’est pendant une balade en vélo que je lui ai dit « je suis homo ». Elle est restée très sobre, très « femme d’officier« , m’a juste demandé si j’avais un copain, et si j’étais heureux. Et puis elle m’a dit qu’elle savait depuis que j’étais en première (j’avais témoigné dans un reportage sur l’homosexualité pour le magazine Phosphore), et que selon elle, mon père ne se doutait de rien. Je n’y crois pas du tout, et je pense qu’elle se trompe. Je pense que mon père voit les choses comme elles se présentent, mais adopte le déni des bourgeois : tant qu’on n’en parle pas, ça n’existe pas. Mais pour le moment, je ne lui en parle pas. J’adopte la position du « don’t ask, don’t tell« . S’il me demande, je ne mentirai pas. Et surtout, le jour ou je ressentirai le moindre besoin de lui dire, ou que je ne peux pas mentir (genre si j’ai un mari…), je dirai les choses. En attendant, je ne vis pas malheureux, et je ne vis pas au placard. On ne peut pas souhaiter beaucoup plus à nos lecteurs…

N’hésitez pas à partager votre expérience en matière de coming out, votre vécu qu’il soit dans la joie ou la douleur, poser des questions aussi, car certains de nos lecteurs y trouveront peut-être des réponses nécessaires ! Souvenez-vous, on est tous passé par là, ou on y passera tous un jour !

27 commentaires

27 commentaires to “Mind the Coming out”

  1. Yoplaboomon Jeudi 23 juillet 2009 at 13:26

    aww trop beau témoignage les mecs !!
    Je n’ai pas le temps d’une vraie longue réponse…mais ce soir sans faute :-)

  2. Letoon Jeudi 23 juillet 2009 at 15:13

    On a vraiment tous des histoires différentes. Mais que d’histoires de folles !

    J’ai toujours su que je préférais les garçons. J’avais une « amoureuse » en maternelle, mais d’autant que je me souvienne, ça a toujours fait plus d’effet aux adultes qu’à moi. Mes élans émotionnels et mes fantasmes de petit enfant, qui ne se sexualise pas encore, ont toujours été tournés vers des garçons. Même une fois sexuellement auto-identifié comme un garçon, après 5-6 ans, j’ai toujours préféré les garçons.

    Je ne voyais pas de problème à ça puisque, je n’avais pas à l’époque de notion de norme, de notion de groupe social, je ne projetais pas non plus ce trait sur le modèle social qu’on m’inculquais à l’insu de mon plein gré (modèle qui suit l’axiome, archi avarié et pourtant toujours prégnant dans les esprits : « La Société est constituée de foyers familiaux basés sur un couple hétérosexuel »).

    J’ai pris mes premiers cours de normativité en primaire de 6 à 10 ans. Ou tout à coup, j’ai appris que penser différemment des autres ou agir différemment des autres était synonyme d’ostracisation, voir de violence (émotionnelle, verbale et parfois physique). Le modèle de la maison me confirmant par son fonctionnement cette idée, je pense que c’est là que j’ai commencé à comprendre. Mais tout ça en arrière plan. Inconsciemment. Je faisais tout pour être comme les autres, parce que cela me semblait normal et logique, mais mon cerveau et mes fantasmes travaillaient dans leur coin.

    A 10 ans, j’ai eu la révélation, un soir, après ma séance de piscine hebdomadaire de l’époque. Il était là, dans le vestiaire, beau comme une statue grecque (avec une différence. de taille. hum, hum.) et je n’arrivais pas à réellement m’en détacher le regard jusqu’à ce qu’il disparaisse. Et globalement, du haut de ses 25 ans environs, il n’en a rien vu. Par contre dans mon cerveau le cinéma porno venait soudain d’ouvrir ses portes et projetait sur 12 écrans simultanés l’intégralité de toutes les cochonneries possibles et imaginables. (On avait vaguement parler de ce genre de choses avec les copains et certains avaient d’ores et déjà une culture Dorcelienne et des revues cochonnes à faire frémir, sur lesquelles j’avais toujours plus regardé les garçons, sans pour autant me poser de questions).

    Je crois qu’à l’époque ma mère se posait déjà des questions. Je m’entendais bien avec les filles mais sans plus. Par contre, je persistais à vouloir fréquenter des garçons très différents de moi : de ceux qui jouaient au foot alors que je détestais ça et qui ne jouaient, eux, jamais avec les filles, sauf si il y avait plus de garçon que de filles et si c’était un jeux unisexe -cache-cache, les billes etc…- et qui accessoirement, du fait que je jouais avec des filles et jamais à des « jeux de mecs » m’ostracisaient et se foutaient de moi la moitié du temps. Après le fameux soir à la piscine, j’ai commencé à écrire et à dessiner, et on va dire que certains dessins ont traîné. Et si moi je ne m’autorisais même pas à penser les mots, et préférais suivre mes séances de ciné personnel sans y penser, elle les a mis tout de suite.

    De fait, je pense qu’elle a su un peu avant moi tout ce que ça allait changer dans ma vie. J’ai essayer, vainement de faire l’autruche pendant un an, mais ça m’a rattrapé quand je suis tombé amoureux de mon voisin de classe, qu’il m’a traité comme de la crotte (pour d’autres raisons) et que je me suis laissé aller à déprimer sec (chute des notes, cachée aux parents jusqu’à l’inévitable bulletin de notes catastrophiques qui arrive à la maison, laissé allé général, et augmentation des écritures pornos et des dessins.) Ma mère ne pouvant pas laisser passer tout ça s’est mise à faire le forcing pour qu’on en parle.

    Deux ans de lutte. Je ne voulais pas que ça se sache, je n’étais pas prêt, j’avais l’impression que de le dire une fois, toute la terre le saurait et que j’allais tout perdre (mes amis, ma famille, et surtout toute cette apparence normale que je m’étais construite. Et j’ai encore du mal à m’en défaire aujourd’hui de ce besoin maladif de « normalité » même apparente. Il faut absolument que je me fasse une thérapie de choc en me travelottant, même en simple crocodile, ce sera déjà un début). Bref, la « révélation » s’est finalement faite (Papillons dans le ventre, pleurs, cris, embrassades etc…)
    Ce que je n’ai pas su, c’est qu’à partir du moment où le forcing à commencé, mon père a été mis dans la confidence. Et, tout mal à l’aise que ça l’a mis, il a fait comme s’il n’était au courant de rien pendant cinq ans (jusqu’à ce qu’en Seconde, je décide d’en parler avec lui). (Merci papa d’avoir pris sur toi comme ça, pour le coup.)

    Entre temps, mes onze ans et mes 15 ans, j’ai été amoureux trois fois, trois garçons qui n’ont rien su. J’ai fantasmé sur tous les « petits durs » (sans mauvais jeux de mots merci lol), les petites frappes et les plus virils des ados qui m’entouraient, j’ai vaguement joué à touche pipi avec un, mais ça a du signifier bien plus pour moi que pour lui. J’ai aussi pas mal martyrisé avec des copains de l’époque, un autre garçon sensible -et surtout très très efféminé- une façon facile de ne pas avoir à assumer pour moi et de sortir l’espèce de haine que j’avais de ma « non normalité ». Heureusement j’ai aussi lu Dolto, Bettelheim, Freud et un brin de Lacan, qui m’ont permis de faire avancer les choses suffisamment pour qu’au lycée les choses évoluent.

    Mes premiers amis ont été au courant, un garçon -avec qui j’ai fais mes premières expériences sexuelles-, une fille (qui à ce jour est encore certainement ma meilleure amie à vie), un autre garçon, deux autres filles, et puis deux ans plus tard, la moitié des terminales, suite à ma rupture rocambolesque d’avec mon partenaire sexuel -dans une relation, dès lors qu’on ne parle pas, il y a des problèmes lol- et les événements (méchanceté, manipulations par des faux-amis et autres, l’adolescence quoi !) qui l’ont entourée.
    La famille a été mise au courant plus ou moins à cette époque là, mais globalement, tout le monde chez moi s’en fout tant que je vis bien ma vie.

    Mis à part ces moments épiques avec les parents et au lycée, je n’ai jamais eu de problème à dire que j’étais pédé. Paradoxalement, j’ai bien plus de problèmes avec mon côté archi-conformiste un peu psycho-rigide sur des choses ridicules et dans les relations avec mes parents à d’autres points de vue, que je n’en ai jamais eu avec mes coming-out successifs…

  3. Letoon Jeudi 23 juillet 2009 at 15:14

    Mince c’est quand même archi-long comme « commentairemoignage »… Pardon, gné referai pu !

  4. Pédro Torreson Jeudi 23 juillet 2009 at 16:44

    Comme Brice a eu la gentillesse de citer Textesgais.com dans lequel il a trouvé ses premiers émois et réalisé ses premiers écrits, je me dis que je peux bien parler également de mon coming-out.
    Ma mère : tout pourvu que son fils ne soit pas « pédéraste ». Ça met dans l’ambiance. « Comment se fait-il mon fils qu’on ne te voie pas draguer les filles ? » cela répété à l’envi. Elle m’a même mis dans les pattes d’un de ses amis homos qui m’a invité à passer la soirée avec des amis qui ne l’étaient pas. Ma mère a déduit donc que n’ayant pas dragué ce garçon plus vieux et pas très beau, je n’étais homo : « Ouf, je suis content Andres (ce fut son nom) m’a dit que tu n’étais pas pédéraste ! ». Voilà l’ambiance, donc inutile de dire que nous n’en avons pas parlé. Elle sait que j’ai une masion d’éditions mais elle pense que je ne publie que du porno mal écrit. Quand on lui a donné « Super Tragique » qui n’ a rien d’érotique, elle a parlé d’une petite œuvrette sans importance. Ça fait du bien de se sentir soutenu ! :-)
    Mon père : plutôt cool sur le sujet, en fait ses enfants n’étaient pas très intéressants pour lui et quand il a appris que j’étais homo via un cousin qui l’avait découvert sur Internet par le biais d’un de mes écrits, il m’a simplement demandé de prendre un pseudo. Ça n’a pas été vraiment plus loin que ça.
    Ma vie sexuelle : quand j’ai vu Éric le premier jour de la rentrée en 1re, j’ai découvert que j’étais homo. Le plus beau garçon jamais vu. J’ai mis un an à devenir son ami. Amitié platonique car ce garçon est hétéro. Notre amitié dure depuis ce temps-là grâce aussi à sa femme à qui j’ai avoué mon intérêt pour ce garçon avant même qu’ils ne sortent ensemble. Je n’ai jamais été jaloux et elle m’a toujours bien accueilli. Ce qui est étonnant, c’est que j’ai passé 10 jours l’an dernier aux États-Unis avec… leur premier fils, une autre beauté ravageuse. Garçon tout aussi hétéro que son père, dois-je l’avouer. Coucher dans le même lit que lui ne m’a même pas fait bander tant il est hétéronormé. Je dois inviter le 2e fiston, à sa demande, à voyager avec moi aux USA l’année prochaine (3 ans d’écarts, 22 contre 25).
    Années de disette durant ma jeunesse car je ne connaissais aucun pédé sauf quelques uns à l’universités avec lesquels je n’avais aucun atome crochu et il me semblait que les chiottes ede la gare du Nord était bien glauques. D’ailleurs je n’aurais jamais osé faire un pas dans cette direction. C’est à 36 ans que j’ai passé ma première nuit avec un garçon. Beau et bien foutu mais le cul ne suffit pas, ça n’a pas duré longtemps. Mais ce garçon n’a jamais voulu me quitter et il reste donc mon colocataire.
    Quelques expériences ici et là. À noter, petit syndrome Jacksonnien ou Peterpanien, mais heureusement à un niveau non répréhensible, dans ma tête je reste entre les 18 et 25 ans. Ce qui ne facilite pas les choses. Mais bon, je gère :-)
    Pédro

  5. Yoplaboomon Jeudi 23 juillet 2009 at 22:07

    Très beau texte messieurs.

    Je suis toujours friand des histoires des début pédéresques et des coming out….j’adore :-)
    Vinnie un peu comme toi, j’ai toujours su que j’étais différent. Je ne sais pas à quel âge exactement mais ça devait être trè tôt, vers 10 ans je crois.

    La période collège/lycée n’as pas été des plus agréable.
    Je passais beaucoup de temps avec des nanas et je n’étais pas trop doué au sport…. ce qui m’a rapidement attiré des moqueries et autres noms d’oiseaux.
    Sans être le bouc émissaire du collège, j’étais loin d’en être la vedette.

    J’ai passé toute la période d’adolescence complètement asexué. Un vrai petit ange en fait :-)
    Les filles me terrorisaient dés qu’elles tentaient autre chose qu’une bise, et je ne m’approchait pas des garçons histoire de ne pas ressentir de pulsions… tout cela ne m’aidait franchement pas à me lier vraiment d’amitié avec quelqu’un.
    Avec un peu de recul, je pense qu’inconsciemment je ne voulais pas être trop proche/intime de quelqu’un pour éviter d’évoquer LE sujet que je gardait au fond de moi.. et que j’osais assumé lors de mes séances privées de masturbation :-)

    Puis Internet est arrivé, les premiers chat Gay sur Voila et la rencontre virtuelle avec un charmant jeune homme de 25 ans qui m’a ouvert les yeux sur ce que j’étais et sur le fait qu’il était temps d’ouvrir les yeux.
    De la mes premières connexions sur les sites de rencontres sont vite arrivées, le premier petit copain, la première déprime (-10Kg qui dit mieux ? :-) ).

    Une fois la chose acceptée dans ma tête (je devais alors avoir 21 ans… et oui), les premiers coming out devaient arriver.
    Une très bonne amie à détecter que quelque chose ne tournait pas rond et m’a donc tirée les verts du nez. J’ai fini par tout avouer.
    On a terminer en larmes dans les bras l’un de l’autre : elle découvrait enfin que finalement j’étais heureux et en couple, et moi j’étais soulagé d’un véritable poids.

    Aujourd’hui mes amis sont tous au courant ainsi que ma soeur.
    Je n’ai toujours pas trouvé le courage d’affronter ma famille et mes parents malgré mes 27 ans, mais je ne perd pas espoir d’y arriver avant mes 28 ans :-)

  6. Zéro Janvieron Jeudi 23 juillet 2009 at 22:49

    J’aime beaucoup ce billet qui montre que chaque histoire est unique même si le coming-out est une étape assez classique dans nos vies. J’aime également votre capacité à parler d’un sujet aussi intime avec beaucoup de pudeur et de retenue. J’espère, enfin, que ce dialogue très intéressant pourra servir à de jeunes homosexuel(le)s qui en auraient besoin.

  7. Gonzagueon Jeudi 23 juillet 2009 at 23:03

    Brice, tu as choisi homo en abandonnant la Scénic ? Que c’est bas!

    Que dira-t-on aux pauvres salariés renault sur le pavé à cause de ce choix égoïste ? ;-)

    trêve de plaisanteries , très beaux témoignages dont celui de Leto !

  8. Macsymon Vendredi 24 juillet 2009 at 00:23

    Je confirme ce que dit Gonzague, très beaux témoignages, poignants.
    Quand je les lis je me rends compte que je ne suis ni en retard, ni en avance.
    J’ai commencé, sans avoir fini pour autant.
    J’accepte, sans assumer pleinement encore.

    J’attends de finir mes études en fait. Ou at least de trouver quelqu’un pour « avoir besoin » de le dire à mon père.

  9. Golanon Vendredi 24 juillet 2009 at 00:38

    Je crois que je vais pas jouer à Battlefield 2142 ce soir, tant pis !

    Je trouve ça marrant de voir comment « vous » vivez ça, même si ça ne l’est pas vraiment quand on le vit … Sur textesgais.com, j’ai découvert comment Brice avait ressenti ça, et j’ai enfin compris pourquoi mon frère se comportait comme ça, alors que du haut de mes 10 ans, j’associais ça à ce que mes parents appelaient « la crise d’adolescence ». Et je me rends compte à quel point ça a été dur pour lui, qui avait 2 aînés assez virils alors que lui, en plus d’être blond, n’avait pas des occupations d’ados de son âge.

    Je me souviens encore de ce jour où l’on faisait du vélo tous les deux, et où il n’avançait pas, je lui avais dit « Pédale pédale ! », sans savoir qu’il était homo, et puis j’avais 10 ans ! Peu de temps après, il m’a dit qu’il était gay, et à cet âge-là, je savais vaguement ce que ça signifiait, et je lui ai sobrement répondu : « Ah c’est cool. Il faut de tout pour faire un monde » :-)

    Bon biensûr, je suis hétéro, et j’ai pas ce problème de « révélation à faire », même si moi aussi, j’ai cette timidité qui m’empêche d’aller de l’avant et le fait d’être asocial n’arrange rien … Et d’ailleurs, je pense que les parents commençent à s’inquiéter de mon orientation sexuelle, parce que même si je fais mon kéké sportif macho, le fait de passer mon temps derrière l’ordi ou plongé dans un problème mathématique m’empêche de passer du temps à sortir, à draguer et à ramener des filles à la maison … C’est promis, je laisse trainer des magazines porno (hétéro hein !) dans le tiroir de ma table de nuit : maman les trouvera en faisant le ménage ;-)

  10. matorifon Vendredi 24 juillet 2009 at 15:26

    J’aime toujours autant lire les histoires de coming out. Chaque parcours est unique, et pourtant on y trouve toujours un petit quelque chose qui nous renvoie à nos propres peurs…

    Je ne sais pas comment c’était pour vous, mais coucher sur le papier (numérique) ma sortie du placard a été pour moi un exercice plutôt difficile. Ca fait bizarre de replonger dans les années d’adolescence tourmentée…

    http://www.matorif.com/2009/04/il-etait-une-fois-un-gay/

    bravo vous deux !

  11. Lapinon Vendredi 24 juillet 2009 at 22:52

    Effectivement, toutes nos histoires sont différentes parce que vécues par des personnalités, des sensibilités différentes. Pourtant, elles sont aussi similaires : plus ou moins les mêmes processus, les mêmes craintes et les mêmes barrières.
    Il est vrai qu’il est agréable de les lire car dans un sens elles créent du lien là où à un moment donné de notre vie, ce sont ces périodes qui nous donnaient le sentiment d’être exclu !
    Je prends le temps de rédiger et peut-être de laisser un commentaire trop long, mais c’est aussi la première occasion que j’ai d’écrire cette étape (récente) de ma vie et de faire le point.
    Très tôt, je n’ai pas su mais je me suis posé des questions, dont les réponses ont commencé à se dessiner avec l’adolescence, mais qui n’ont existé que quand j’ai les ai accepté.
    Entre temps, des périodes collège/lycée pas désagréables, mais je n’en ai pas profité comme j’essaye de savourer mes jours à présent. En terminal, j’en ai discuté avec ma prof de français avec qui j’avais une relation plus amicale. Mais cet embryon d’acception est mort très vite. Je l’ai qualifié de passade, mais force est de reconnaître que les désirs et les préférences étaient toujours là : les douches après les cours de sport étaient une épreuve hebdomadaire intense, mais aussi un moment de plaisir voyeuriste malicieux.
    En prépa, j’ai fais une rencontre : une fille dont je suis tombé amoureux et avec qui j’ai vécu pendant deux ans ½, à ce moment, au début au moins, je me suis de nouveau dis que c’était une passade et que j’étais heureux ainsi.
    Mais, notre relation ne s’améliorant pas, mon appétit hétérosexuel diminuait alors que le sien augmentait. J’ai laissé remonter à la surface de ma conscience, cette autre partie de moi qui j’avais bâillonnée.
    Janvier 2008 : je suis dans une situation vraiment inconfortable, les amis gays que j’ai me passionnent, je m’entends très bien avec eux, j’ai envie d’ « assumer », de me libérer de se poids, mais cela veut dire rompre voire avouer la vérité à xx et donc la faire souffrir et pourtant je l’aime, indéniablement, et je ne veux pas cela pour elle, pour nous.
    Mars 2008 : la situation est pire que jamais et pourtant, à ce moment là je me pose moins de questions. Après avoir « joué » avec un mec quelques temps avant, je termine après une soirée arrosée dans le lit d’un couple d’amis gays. La nuit fut surprenante, intense et fantastique pour cette véritable première fois. Un mois après, je mettais fin à mon couple et avouais la vérité à ma copine. Période émotionnellement violente, triste et longue. Séparation, changement d’appartement, de vie… Elle a accepté, puis m’en voulu, s’est remis en question et enfin m’a pardonné.
    Mes amis ont été présents et m’ont vraiment soutenu. Il n’y a pas eu de révélations avec eux, ils le savaient avant moi.
    Le plus dur fut de l’avouer à mes parents. Ma mère n’est pas dupe, et ce lien très proche que j’ai avec elle, lui a facilité l’accès a la vérité, mais pas à l’acceptation. Elle m’a demandé plusieurs, à chaque fois, je l’ai renvoyé sur les roses, la traitant de folle, allant même jusqu’à dire « j’en viens à croire que tu le préférais ».
    Mars 2009, je vais faire une ballade avec elle. Elle me demande quand est-ce que je vais me trouver une copine… Je craque et lui annonce de quoi il en retourne : larme, auto-incrimination, questions sur l’avenir, les petits enfants… Je suis parti de chez mes parents aussitôt après, avant que mon père ne rentre de peur de l’affronter. Stressé, anéanti et solitaire, je reçois un message de mon frère qui me soutient. Ce texto me remonte le moral et me réconforte. La semaine qui suit mon père m’invite à déjeuner. J’ai appréhendé ce moment pendant des heures, à mon grand étonnement, il n’évoque pas le sujet. Ma mère m’a dit plus tard que malgré son incompréhension, il respectait ce que « j’étais devenu ». Aujourd’hui, ils me laissent tranquilles, nos rapports n’ont pas changés nous sommes toujours très proches, mais nous ne parlons pas de ça, et je ne dois pas ramener de mec chez eux.
    Aujourd’hui, j’assume mais je ne clame pas. Quasiment tout mon entourage sait, ma directrice trouve ça formidable et adore avoir des discussions à ce sujet avec moi.
    Il reste des moments délicats : quand mon grand-père me demande en plein milieu du repas familial : « tu as une copine ? » Je vois le regard de ma mère avant que je n’esquive… Mais aujourd’hui, je suis soulagé !

  12. artypopon Vendredi 24 juillet 2009 at 23:41

    Tiens, votre (très chouette) post me donne envie de raconter mon coming out. Et surtout ma grosse déception quand je l’ai dit à mes amis et qu’ils m’ont répondu (tous sauf un) : « euh, mais on le savait déjà ». La blase…

  13. artypopon Samedi 25 juillet 2009 at 00:15

    Les prémices ont commencé à 10 ans.

    C’est là que je me suis posé les premières questions quand un copain de classe avec qui je jouais m’a repoussé en disant : « ouah, t’es en train de bander ». Je savais pas ce que voulait dire « bander », alors, j’ai dit que « non » et j’ai fermé ma gueule. Et je me disais : « ça va passer, ça va passer ».

    À onze ans, j’ai vu un film de cul. Une fille, attachée à un arbre, se faisait laminer par une grosse bite. C’était un film de cul de mon beau-père que ma grande sœur avait réussi à extirper d’une boîte métallique fermée. J’ai pas aimé. À côté, il avait des catalogues de films de cul dans lequel on trouvait des photos de films gays et je me branlais religieusement en matant les images. Mais je me disais : « ça va passer, ça va passer ».

    À cette époque, tous mes amis ne juraient que par les mannequins du moment et dans la rue ils se retournaient sur des filles en hurlant : « ouah, la meuf, elle est trop bonne ». Systématiquement, je cherchais de quelle meuf ils pouvaient bien parler et j’étais totalement incapable de la repérer.

    À quatorze ou quinze ans, Canal+ a fait une soirée gay que j’ai enregistré en catimini de ma famille. Je regardais ces vidéos de Jeff Stryker et d’autres, kiffant grave ce que je voyais. Un peu plus tard, j’ai vu Fame. Sur France 3, je crois. C’était FR3 à l’époque, d’ailleurs. Dans le film, un garçon parle à son psy. Et il raconte ce que j’étais en train de vivre mais que je ne voulais pas voir. En substance, je suis gay, mais je pense que je suis hétéro et que c’est qu’une phase, que ça va passer. En entendant ça dans le film, je me suis dit : « ah bon, ça va pas passer ». Merde, mon cerveau a répondu. Et j’ai commencé à réaliser que j’étais peut-être plus pédé qu’une simple phase.

    Un peu plus tard, j’ai cassé en mille morceaux la VHS que j’avais fait de la soirée gay de Canal. J’y voyais le mal le plus absolu. La perversion. La détresse. La solitude. Un an a passé. Je me souviens, j’avais seize ans. J’allais passer mon bac. Ma mère vient dans ma chambre et j’étais mal depuis plusieurs jours. Je dormais pas vraiment, je ne parlais pas vraiment, je n’étais pas vraiment là. « Tu révises pour ton bac ? » elle demande. « Oui, oui » je réponds. « Tu travailles pas assez » elle continue, « qu’est-ce qui se passe ? ». Je fonds en larme. Je suis contre le mur et je me laisse glisser, j’arrive la tête face à mes genoux et je la plonge à l’intérieur. J’ai honte, je ne sais plus quoi faire et tout sort comme une diarrhée verbale : « Je… je crois que j’aime les garçons, et j’arrive pas à vivre avec… je veux pas vivre avec ça… je veux changer… ». Elle s’approche de moi, m’embrasse, je pense, et me dit que c’est pas grave, qu’elle m’aime quand même, qu’elle va trouver quelqu’un pour m’aider.

    Quelques mois plus tard, j’ai dix-sept ans. Elle m’emmène chez un psychologue pour enfant. Je redis la même chose : « je me sens attiré par les garçons, je veux pas vivre ça, je veux être hétéro comme tous mes copains, c’est trop dur à vivre ». Le psy ne ment pas : « je ne peux que t’aider à t’accepter, pas à te changer ». C’est pas ce que je veux entendre. Je me terre. Je ne dis rien pendant un an et j’y viens toutes les semaines. Au bout du compte, un an plus tard, rien n’a avancé.

    J’entre en prépa. Travail. Pas le temps d’y réfléchir. Un garçon que je trouve mignon cherche un colocataire. Je bondis sur l’occasion. On vit une année ensemble. Mais rien ne se passe : un homme l’a presque violé quelques années auparavant. À son anniversaire, on fait une grosse soirée. Il invite deux potes à lui. Des bisexuels. Il me prévient que ces mecs seront là, je passe plusieurs heures à boire et à leur parler. Je finis la soirée, sans aucun souvenir, dans la cave de l’immeuble avec l’un de ces types. Le lendemain, je me douche en hurlant que je me sens sale. Je pense sérieusement à me défenestrer. N’importe quoi. École d’ingé. Fin de la première année, je tente de me suicider avec une lettre pathétique pour ma mère : « je ne peux pas vivre comme ça ». Salutaire. Je sors de là, je vois un psy et je finis enfin par m’assumer.

    Après, l’histoire devient plus drôle. J’en ris, je m’en fous. Quand je l’ai dit (bien bourré) à mes amis, ils n’ont eu qu’un mot : « mais, euh, on le savait ». Putain de déception, vous me faites manquer mon coming out ! Enfin bref. Je suis homo, je suis comme ça. Je suis triste parce que je suis seul et comme d’autres, je cherche un mari ;) mais j’ai plus de honte, ni de haine, je m’assume, je suis pas forcément la grande folle exacerbée mais le temps et la vie a fait leur œuvre. Probablement qu’un de ces jours, le monde sera trop dur pour continuer à le traverser en solitaire et que je déprimerai de nouveau. J’espère que non, mais sait-on seulement ce qui nous attend demain ? Enjoy. J’ai vécu l’homosexualité comme une malédiction, mais non, c’est juste ce qu’on est. Et j’aurais jamais du me prendre la tête autant.

  14. Kab-Aodon Samedi 25 juillet 2009 at 11:22

    Comme Leto, j’ai ressenti tout jeune ma préférence pour les garçons, ce qui m’a permis de tester très tôt quelques caresses. Je l’assumais sans me poser de questions existentielles, quoique taraudé par un sentiment de solitude et quelques frustrations dûes à ma précocité.
    Au lycée j’eus quelques aventures concrètes et bon nombre de passions platoniques. Garçon discret (par tempérament, surtout pas par honte !), je ne parlais jamais de mon homosexualité, je la vivais naturellement, achetais des magazines, mes camarades me regardaient être qui j’étais sans me poser de question.
    Puis, à la fac, j’ai rencontré le garçon avec qui je vis depuis 19 ans.
    Mes parents ont très tôt deviné mon orientation. Mais ce n’était pas un sujet de conversation. Je n’ai à vrai dire jamais eu de coming out à faire de ce côté-ci. Bien entendu, la seule fois où j’en parlai ouvertement avec ma mère, très tardivement, c’était pour entendre suggérer qu’elle aurait préféré qu’il en soit autrement. Pourtant, mon copain a toujours été bien accueilli, même s’il a fallu attendre quelques années pour ne plus voir qu’un seul lit dans la chambre quand nous les visitions.
    Voilà, mon problème avec les récits de coming-out, c’est que je fais partie des pédés tranquilles qui n’ont jamais eu à en faire un. En fait, mon conjoint aurait plus à dire sur le sujet, lui qui était hétéro quand je l’ai rencontré à 20 ans : ses parents ont mis un an à digérer l’affaire jusqu’au jour où ils ont préféré le bonheur de leur fils :)

  15. Quentin Rougegorgeon Mardi 28 juillet 2009 at 16:09

    Ah lalala, comment tout ça a commencé… Bon, je vais écrire un pavé, mais bon comme je n’ai pas encore commenté :

    L’attirance pour les garçons a mis du temps à être claire.
    Enfant, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu de grands émois amoureux pour quiconque, ça s’est davantage déclaré à l’adolescence : au lycée, on me lance des remarques sur ce que j’aime, ce que je regarde comme porno, quel partie du corps je préfère. Le hic, c’est que moi à l’époque, j’étais la chasteté incarné, la sainte vierge qui lave plus blanc que blanc. La moindre pensée lubrique aurait sans doute provoqué une « fatal error system ». De là, des attirances commencent à se dessiner, mais bon, vous l’avez compris, j’étais con comme un balai, et totalement inculte. Ce qui ne m’empêche pas de sortir avec une fille.

    Sorti du lycée, je migre à l’université. Et là, les quelques beaux mecs qui passent, les étudiants en sport et en mécanique me rendent tout chose. Le désir s’esquisse doucement. Chaleur, chaleur. Je me souviens que j’étais absolument fasciné par ce gars de Science et génie des Matériaux que je croisais régulièrement de loin à la cafette. Enfin bref.

    Et puis un drame dans ma vie, et je me replie pendant 2 ans sur moi-même, loin de tout.
    Et quand je me sors enfin de ma bulle, ben tout est limpide, un peu du style « Tiens, je suis homo ! ».

    En un mois, j’intègre cet aspect là de ma personnalité, et je décide d’en parler. Ze Coming out wouhou !
    J’ai choisi d’en parler en premier à une amie de longue date, qui était douce et timide. Je me disais qu’au moins elle ne pourrait pas me faire de mal avec ses petits poings inutiles si elle le prenait mal. Je l’ai donc invité à papoter autour d’un déjeuner, je crache le morceau et je ferme très fort les yeux pour ne pas voir sa réaction. Evidemment, elle m’a répondu par un »oui et alors ? » et moi je lui ai demandé si elle allait pas gueulé dans les 10 minutes qui allait suivre.

    Rassuré par cette première fois, j’en parle à une deuxième amie bien plus caractérielle. 1er janvier, on rentre chez elle, on s’écroule sur le lit épuisé d’avoir dansé avec une coupe de champagne dans chaque main. Mais on a pas encore sommeil, alors nous parlons. Cela vient naturellement dans la conversation, elle me répond que c’est « cool », et cinq minutes plus tard elle ronfle et m’a piqué toute la couverture.

    Delà, j’en parle facilement avec mes amis les plus proches. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre lorsque je rencontre mon premier copain. Après le premier baiser, j’arbore en permanence un sourire niais, je chantonne dans le métro, je suis encore plus dans la lune que d’habitude si bien que je me prends des bais vitrées et que je réponds « pardon mademoiselle ! ». Forcément, tout le monde se rend compte que je suis amoureux, et comme je ne veux pas dire son prénom, tout le monde comprend. C’est à cette période aussi que j’ai compris que l’amour rendait vraiment bêta.

    Pour les parents, c’est là où ça a été le plus facile. On ne peut même pas parler de coming out à proprement parlé.
    Ma belle-mère m’invite un matin dans un salon de thé chic après une séance de shopping, me prend le bras et me dit : « Quentin, je sais tout ! Oui, j’ai toujours su ». Je la regarde avec un air perplexe en me demandant quelle grande vertu elle va me trouver (ma belle-mère me voue un culte depuis mes 16 ans ndlr). Et enchaîne par un : « mais tu sais, j’ai un cousin qui est homosexuel et… » et là, j’explose d’un rire tonitruant dans le salon rempli de vieilles peaux bourgeoises et coincées comme des manches à balai.

    Forcément, j’en ai déduis que mon père savait, et il a commencé à le glisser de temps en temps dans les conversations, en me prévenant que si je voulais dormir à la maison, il n’y avait pas de soucis, et que je pouvais même venir avec mon copain. Mais ça n’a pas été facile pour lui. J’ai appris récemment qu’au début, il l’avait assez mal pris. Mais ma belle-mère l’a eu à l’usure, ce qui fait que je n’en ai jamais subi les conséquences. Ma belle-mère est formidable.

    Et enfin, ma mère. Alors là, ça a été le coming out éclair en 1 minute chrono en main : « je vais au festival avec Vaness et Mathieu. Ah au fait, Mathieu, c’est mon petit copain ». Grand sourire de sa part, elle me demande confirmation que les filles, c’est pas mon truc, et m’adresse un grand OK lumineux, avant d’aller vaquer à nouveau à ses occupations de ménagère de moins de 50 ans.

    Voilà pour ma « petite » histoire, désolé pour le pavé de texte !

  16. Vinnieon Mardi 28 juillet 2009 at 16:42

    Je tiens à vous remercier tous pour vos superbes témoignages: que ce soit la diversité des expériences, ou une question d’âge, de facilité, bref toutes ces façons d’éclaircir ce chapitre essentiel. Merci de partager ainsi!
    Un grand merci à tous et soyez fier !

    (Ce weekend je marcherai à La Gay Pride de Brighton avec les couleurs de la France, bonheur !)

  17. Letoon Mercredi 29 juillet 2009 at 13:30

    Joli patchwork de témoignages en effet. (Merci Gonzague pour le compliment :p)
    Et c’est clair que si ça permet à d’autres de se retrouver, à se sentir moins seuls, tant mieux.

    @ArtyPop : chouchou, ne dis pas que t’aurais pas dû te prendre la tête comme ça. Tu as fait comme les autres : avec le vécu, les préjugés et les angoisses que tu avais. On a le droit d’être malheureux, on a le droit d’avoir mal et d’être totalement désemparé face à ce qu’on vit.
    Il faut parfois du temps, beaucoup d’amour, d’écoute de la part des autres et parfois de quelques mots justes au bon moment pour s’assumer et se vivre différent.
    Accessoirement t’as pas besoin d’être une folle furieuse pour trouver un mari ;op

  18. Briceon Mercredi 29 juillet 2009 at 22:58

    @Leto : Tiens quand tu parles de « traveloter », je me souviens que, petit (genre au collège), j’aimais bien foutre un collier de perle de ma mère, qui trainait dans la salle de bain, me foutre du rouge à lèvre bien rouge et marcher avec ses chaussures à talon. Mon Dieu… je viens seulement d’y repenser : c’était énorme :D

    @Pedro : Serais-tu resté bloqué sur cet Eric ? Ceci expliquerait cela ! En tout cas, c’était déjà loin d’être rose pour la génération d’avant. Ne me présente pas ta mère !!

    @Yopla : Aller, pour fin 2009, tu en parles à tes parents. Et tu laisses ton ex beau frère tranquille :p

    @Zéro Janvier : Merci, on espère tout pareil. Que les commentaires puissent aider ceux qui en ont besoin, et sont dans la délicate situation ou l’on était quelques années auparavant…

    @Gonzague : Je crois que, pour une Audi, j’aurai pu choisir la voix de l’hétérosexualité ;)

    @Macsym : Bon courage pour la seconde moitié ! Et je ne peux que te souhaiter d’avoir besoin de finir ton coming out rapidement :)

    @Golan : Tu sais que tu as réussi à faire pleurer ton grand frère, cette midinette. Je suis très fier de t’avoir comme petit frère :)

    @Matorif : Comme je disais chez toi, les mamans sont surprenantes de perspicacité ! Très belle plume par ailleurs :)

    @Lapin : Y’a de quoi être soulagé. Et puis au moins tu n’es plus avec une fille ! (eurk)

    @Artypop : Une histoire douloureuse, donc. Un avenir radieux, je te souhaite ;)

    @Kab-aod : Tous les coming out ne se vivent pas dans les larmes et le stress, c’est plaisant à lire. Envoie ton copain, ça promet d’être original comme point de vue !!

    @Quentin : Ta belle-mère à l’air cool, c’est une actrice de série télé américaine ? :D

    @Vinnie : Je suis moi aussi ravi des retours qu’on a sur cet article :) Porte bien haut les couleurs de la France, je t’embrasse fort.

    Merci à tous :) Vraiment.

  19. Yod'ahon Jeudi 30 juillet 2009 at 00:30

    Et c’est parti pour un pavé pour moi aussi, mais par où commencer?

    D’aussi loin que je me souvienne, j’ai jamais été vraiment attiré par les filles. Je n’ai jamais compris l’intérêt que pouvaient porter mes camarades de collège aux seins et aux culs des filles. Jusqu’à très tard, j’ai pas vraiment admis que je préférais regarder les garçons.
    En fait, malgré mon éducation dans une famille assez catho « traditionnelle » (maman qui enseignait le catéchisme, papa officier de l’Armée de Terre, messe au moins 3 dimanches par mois jusqu’à ce que les parents se calment un peu…), j’ai toujours été cartésien et scientifique. Et pour moi une paire de seins n’est rien de plus qu’une croissance de tissus graisseux et producteurs de lait bons à nourrir les bébés. En revanche, si je trouvais beaucoup plus d’intérêt à regarder les autres garçons dans les vestiaires dès le collège, ça restait dans un pur intérêt scientifique de comparaison. Ou du moins, c’est que je me laissais bien croire. Et quand bien même j’aurais admis qu’éventuellement j’étais attiré par les garçons, ce n’était pas imaginable, parce que les pédés c’était le mal, satan, la décadence, contre nature, un truc de gauche… Forcément, avec toute ma famille catho et de droite, ouvertement opposée à tout droit pour les homos dès qu’il était question de pacs au 20h, j’allais pas admettre mon homosexualité avant longtemps…
    Et je suis resté asexué relativement longtemps, non sans me prendre plusieurs rateaux, pour faire comme les autres. À penser qu’inconsciemment, je choisissais exprès les filles à cibler sachant que je me ferais rembarrer vite fait bien fait…
    J’ai bien essayé effectivement de sortir avec une fille en terminale, ma meilleure amie de l’époque (et encore maintenant), mais hormis s’embrasser, ça n’a jamais marché entre nous et nous en sommes donc restés là (et elle a fait son coming-out quelques années après, mais bien avant moi).
    J’ai continué à être « amoureux » (et surtout bien râtissé par) d’autres filles, jusqu’à la fac, jusqu’à Y. Nous étions ensemble en LEA depuis la première année et il sortait tout droit du même échec que moi en fac de maths et informatique et nous nous sommes vite retrouvés dans le même groupe d’amis, encore inséparables à ce jour. Ce n’est qu’au bout de 1 an et demi, soit en 2ème année de DEUG (oui oui, ça existait encore), allant alors sur mes 21 ans, que j’ai admis que peut-être bien que j’aimais les garçons, et que en tout cas je l’aimais lui. Mais même si je l’admet pour moi même (et encore, n’osant affronter la trop dure réalité, je me classifie en mode bisexuel), je n’en parle à personne avant de lui annoncer quelques mois plus tard à lui, quelques jours après qu’il ait fait son propre coming-out (bien que je ne doutais pas de sa sexualité depuis bien longtemps). Forcément, ça n’a rien donné d’autre qu’un silence radio de sa part pendant quelques semaines, dont j’ai pas mal souffert, et j’ai fini par faire la révélation à ma sœur/colocataire et mes meilleures amies bi et lesbiennes, avec qui je vais faire ma toute première gaypride, à Paris pour bien commencer.

    Là bas, la rencontre avec M, sur qui je reporte tout mon manque d’affection des années précédentes, et qui me largue rapidement parce que tout allait trop vite pour lui. Je commence alors une bonne phase de dépression avec remise en question (et j’admets que je ne suis pas bi mais bel et bien gay) et prise de benzodiazépines (sur prescription médicale). Je me retrouve pas longtemps après en vacances chez mes parents, à Madagascar, autant dire l’autre bout du monde, loin des amis qui m’épaulaient dans ma déprime, et les médocs ont plus l’effet inverse à celui recherché et mon moral tombe au plus bas que jamais, et c’est là que ma mère ayant bien vu que j’étais au plus bas me demande ce qui va pas et que je craque et lui explique tout, tant bien que mal, les larmes de toute cette souffrance que je gardais enfermée depuis un moment arrivant très vite.

    Sa première réaction fut d’abord d’essayer de me remonter le moral, et seulement en deuxième elle s’est inquiété du classique « Mais alors j’aurais pas de petits enfants ? ». Si elle a d’abord refusé que j’en parle à mon père, j’ai appris plus tard qu’elle lui avait dit le soir même, et qu’apparemment il lui aurait dit qu’il s’en doutait, alors qu’elle n’avait quasiment rien vu venir… Si je savais que ma mère resterait toujours identique à elle même, s’inquiétant du moindre de mes problèmes, j’appréhendais beaucoup la réaction de mon père, que je percevais jusque là comme relativement homophobe, à se plaindre à chaque fois devant la télé que y’ait de plus en plus de pédés et de gouines, que c’était pas des gens normaux, et autres joyeusetés. Et j’ai été stupéfait de voir comment il a accepté la chose sereinement, et on a continué à s’engueuler pour des choses futiles comme avant, comme son ordinateur tout vérolé ou l’interprétation des cartes routières.

    Pour le reste, c’est passé relativement facilement pour mes amis. Pour certains au détour d’une conversation MSN un lendemain de soirée, du genre
    - je sais pas si t’as remarqué, mais X s’interessait beaucoup à toi hier soir
    - possible, mais c’est pas vraiment le genre que je cible, je les préfère plus grands, et sans seins
    - … … … ah d’accord… … … ben en fait, je m’en doutais

    ou alors dans la classique chaine de mail à renvoyer joyeusement à tes amis après avoir répondu à 50 questions super personnelles:
    -Rhum, Vodka ou Tequila ? : Teq
    -McDo ou Quick ? : McDo sauf les nuggets, les chicken dips de Quick sont mieux
    -Slip, caleçon ou boxer ? : qu’importe, s’il est bien foutu ça reste pas longtemps
    -Soleil ou Neige ? : Soleil
    et finalement, lors du retour à la fac après l’été, ce n’était plus un secret pour aucun de mes amis, juste un état de fait.

    Ne restait plus que la famille au delà de mes parents et sœurs, pour qui la nouvelle est tombée comme un cheveu sur la soupe l’an dernier:
    Alors que j’étais en stage à Dublin, j’avais pour habitude d’envoyer un petit mail récapitulatif chaque semaine aux amis et à la famille pour leur faire part de mes visites touristiques en Irlande. Normalement, il y avait l’email envoyé aux amis, et l’email envoyé à la famille… Sauf qu’un jour, ce qui devait arriver est arrivé, je reçois un coup de fil de ma mère affolée en lisant mon dernier email familial: j’avais envoyé le même message à tout le monde, avec toutes les références à mon chéri qu’il comprenait. Oups. Bon, ben, ça c’est fait. Et non seulement c’est bien passé pour tout le monde, mais j’ai eu des demandes de détails sur qui quoi où depuis quand, aussi bien de mes cousin-e-s que de mes oncles et tantes.
    Les seules personnes encore dans l’ignorance sont mes grands-parents, qui n’ayant pas d’ordinateur (et encore moins d’internet) n’ont pas eu l’email en question. Alors j’attends simplement la prochaine fois que je les verrai, s’ils me demandent pour la nième fois « Et alors, les amours? Tu as une copine? » pour leur dire simplement la vérité. J’y ai étrangement pas eu droit la dernière fois, mais peut-être à Noël? C’est un beau jour pour se faire déshériter Noël, non?

    Bon ben voilà, je m’attendais à pondre un pavé, je sors quasiment un roman autobiographique, mais fallait bien contextualiser…

  20. vinshon Mardi 4 août 2009 at 16:49

    Désolé messieurs, mon expérience est trop longue à raconter pour tenir dans un commentaire (j’ai un sens un peu bizarre et peu synthétique de la narration)… Alors je l’ai racontée chez moi, pour ceux qui ont envie de se farcir un très très long récit qui met du temps à démarrer !

    J’aime de plus en plus ce bloug, dites donc ! :)

  21. Matooon Mardi 4 août 2009 at 23:00

    Je l’avais fait en deux volumes :
    http://blog.matoo.net/index.php/archives/2004/05/21/coming-out-vol-1/
    http://blog.matoo.net/index.php/archives/2004/05/25/coming-out-vol-2/

    ;)))

  22. Vinnieon Mercredi 5 août 2009 at 17:23

    et ca continue avec encore plus de témoignages ! merci merci de partager ainsi! vous êtes extra !

    @vinsh ravi que cela te plaise ;-)

    @Matoo tiens, je pourrais pretendre l’avoir oublié mais … tu sais tres bien que cela ne serait pas vrai ;-)

  23. Nicolas Bleusheron Mercredi 26 août 2009 at 14:21

    Il y a, comme cela, des livres providentiels.

    Ainsi j’ai offert, pour les fêtes de fin d’année, Le jardin d’acclimatation – Prix Goncourt 1980. Sans l’avoir lu, sans préméditation aucune. Sans même en soupçonner le sujet. Dans un joli papier cadeau. « Pour toi, papa… »

    Mon père, après lecture, l’avait rangé dans la bibliothèque avec un affirmatif « Ces gens là – les homos – s’élisent entre eux ! »

    Mon oreille se dressa mais je restais silencieux à l’allusion. Je venais d’avoir dix-huit ans et je me suis jeté, en lecteur clandestin, dans l’univers bourgeois, conformiste et castrateur décrit par Navarre.

    Or, quelques mois plus tard, était publié Biographie du même auteur. Un ouvrage volumineux et coûteux pour l’étudiant subventionné que j’étais alors. « Un choix étonnant… » et qui fit sensation dans la famille. Un samedi, à l’heure du déjeuner, à celui qui me demandait – par curiosité plus que par provocation – pourquoi j’avais choisi de lire cet auteur là, je répondais, très calmement : « Je suis comme Yves Navarre… »

    Pour la première et unique fois, je vis mon père fondre en larmes.

  24. legolandon Jeudi 27 août 2009 at 21:46

    Alors là vraiment je dis bravo ! Je trouve que votre article est formidablement bien écrit, j’ai retrouvé la saveur, les sensations, et même les peurs de me plus jeunes années.
    C’est vraiment une belle écriture qui me redonne l’envie d’écrire.
    J’espère que vous aller continuer, et que vos articles seront aussi savoureux.

  25. Vinnieon Vendredi 28 août 2009 at 10:10

    @Nicolas. Ce que j’ai toujours aimé avec tes textes c’est qu’ils sont concis et contiennent autant d’émotions qu’un texte de 10 pages :’) en quelques lignes tu me touches..

    @legoland et bien ravi de te compter parmis nous desormais :-)

  26. Lapinon Lundi 31 août 2009 at 11:55

    Espérons qu’avec septembre, le rythme reprendra celui adopté avant les vacances…
    Tiens d’ailleurs, un petit Mind the Holidays avec tout ce que ça peut contenir?

  27. Jujupiteron Lundi 31 août 2009 at 18:33

    J’l'ai fait à 14 ans: http://blog.jujupiter.com/post/fr/2008/07/28/mon-coming-out

    J’ai gagné quoi?

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